Elles seront sept sur dix à affronter cette épreuve après 60 ans : ce que révèle une étude choc sur le veuvage en France

Le veuvage n’est pas un phénomène marginal il constitue une réalité profonde et souvent silencieuse du vieillissement en France. Une étude récente de l’Institut national d’études démographiques (Ined), publiée le 11 décembre 2025, met en lumière l’ampleur du phénomène et les inégalités sociales qui l’accompagnent.
Derrière les chiffres, ce sont surtout des parcours de vie bouleversés qui se dessinent : ceux de millions de femmes et d’hommes confrontés à la perte du conjoint et à ses impacts sociaux, économiques et psychologiques. L’étude, menée par les chercheuses Carole Bonnet et Julie Tréguier, offre un éclairage inédit sur la durée du veuvage, son évolution en Europe et les défis que pose son avenir.
Le veuvage : une réalité massive et encore largement féminine
En France, le veuvage concerne surtout les femmes âgées. Une femme de plus de 60 ans sur trois est veuve, et cette proportion dépasse une sur deux chez les plus de 75 ans. En 2022, 180 000 femmes et 77 400 hommes sont devenus veuves ou veufs. Cette différence s’explique en grande partie par l’espérance de vie plus faible des hommes, mais aussi par leur propension plus élevée à se remarier après la perte de leur conjoint.

Selon les données de 2020, la France comptait près de 3,6 millions de veufs et veuves au sens légal, c’est-à-dire des personnes ayant été mariées. Parmi eux, 81 % étaient des femmes. La situation réelle est toutefois encore plus large : 3,8 millions de personnes percevaient une pension de réversion en 2020, un chiffre qui inclut les divorcés ayant perdu leur ex-époux. Là encore, les femmes représentaient 87 % des bénéficiaires.
Le veuvage dépasse ainsi largement le cadre du mariage. Les personnes pacsées ou vivant en union libre sont tout autant concernées par la perte du conjoint, même si elles n’entrent pas dans les dispositifs de protection prévus par le mariage.
Une durée de veuvage très longue : jusqu’à 17 ans pour certaines femmes
Combien de temps dure réellement le veuvage ? Pour répondre à cette question, les chercheuses se sont principalement appuyées sur les données des pensions de réversion délivrées aux veuves mariées. En 2023, la Caisse nationale d’assurance vieillesse a versé ces pensions pendant une durée moyenne de 16,9 ans pour les femmes.
Mais les simulations de l’Ined, qui intègrent toutes les situations conjugales, donnent une vision encore plus complète. Elles révèlent qu’environ 70 % des femmes en couple à 60 ans connaîtront le veuvage à un moment de leur vie. Dans les conditions de mortalité observées en 2019, la durée de veuvage attendue après 60 ans s’élève à 13 ans en moyenne.
Cette durée si longue s’explique par plusieurs facteurs l’écart d’espérance de vie entre les femmes et les hommes, la tendance masculine à se remettre en couple, mais aussi la diminution du nombre de couples remariés avec l’âge.

Un veuvage plus long et plus précoce pour les femmes les plus modestes
L’une des conclusions les plus marquantes de l’étude concerne les inégalités sociales. Les femmes les plus pauvres restent veuves plus longtemps : en moyenne 14,1 ans, contre 11,4 ans pour les femmes les plus aisées. L’écart atteint donc presque trois ans.
Cette différence s’explique d’abord par la mortalité plus précoce des conjoints dans les milieux modestes. Les femmes y deviennent veuves plus tôt, et vivent en moyenne moins longtemps, ce qui accentue la part du veuvage dans leur vieillesse. Pour celles issues des ménages les plus pauvres, le veuvage représente 57 % du temps restant à vivre après 60 ans, contre 38 % dans les milieux les plus favorisés.
Ces chiffres rappellent que le veuvage n’est pas seulement une étape affective difficile ; il est aussi un marqueur d’inégalités sociales, qui pèse lourdement sur le niveau de vie, la santé et l’accès aux dispositifs de soutien.
Des différences marquées en Europe et des défis à venir pour le système social
L’étude met également en perspective les variations importantes du veuvage en Europe. Dans les pays baltes, le risque de veuvage atteint 74 % pour les femmes, tandis qu’il ne concerne que 26 % des hommes. À l’inverse, en Islande ou en Europe du Nord, les écarts entre les sexes sont moins marqués : 61 à 65 % des femmes risquent d’être veuves un jour, contre 35 à 40 % des hommes.
La durée du veuvage varie elle aussi fortement : une femme de 60 ans peut espérer vivre environ 14 ans veuve en Russie, contre 11,5 ans en Norvège. Ces différences reflètent les systèmes de santé, les modes de vie et les écarts d’espérance de vie entre hommes et femmes.
À l’horizon 2070, les chercheuses estiment que la durée du veuvage devrait légèrement diminuer, pour atteindre environ 11 ans. Mais cette évolution soulève un défi majeur : de plus en plus de couples vieillissent sans être mariés, et n’auront donc pas accès à la pension de réversion. Cette mutation interroge directement la capacité du système de protection sociale à accompagner ces futurs veufs et veuves plus nombreux, plus divers, et plus souvent dépourvus de filet de sécurité.



