La Cour des comptes et le COR tranchent : vers une pension de réversion bientôt réservée aux plus modestes ?

Le rapport dévoilé le 20 novembre 2025 par le Conseil d’orientation des retraites (COR) fait l’effet d’une onde de choc : la réversion, les trimestres maternité et les majorations familiales pourraient être entièrement reconfigurés dès 2026.
Pour des millions de retraités et futurs retraités, ce document redistribue brutalement les cartes et met en lumière un système devenu illisible, inégal d’un régime à l’autre, et surtout coûteux.
À noter : le rapport n’est pas seulement technique, il est politique, et affirme clairement que la réversion pourrait devenir un dispositif recentré sur les ménages les plus modestes. Une orientation qui ferait mécaniquement des perdants… et vraisemblablement beaucoup de perdantes.
Réversion : trois orientations possibles, mais un même constat de fragilité
Le premier axe du rapport concerne la pension de réversion, ce mécanisme qui permet à un conjoint survivant de conserver une partie de la retraite du défunt.

Selon le COR, son architecture actuelle n’est plus adaptée aux réalités contemporaines : carrières hachées, divorces fréquents, couples recomposés et fortes écarts entre régimes.
Le premier scénario étudié consisterait à ouvrir largement la réversion en supprimant la condition de ressources dans les régimes qui l’appliquent encore.
Cette option ferait entrer de nombreux veufs et veuves supplémentaires dans le dispositif. Mais attention : cette mesure provoquerait une hausse des dépenses d’environ 30 % d’ici 2056, un niveau jugé difficilement tenable alors que la France cherche déjà à stabiliser ses comptes.
Le second scénario prend la direction opposée : réserver la réversion aux conjoints survivants dont les revenus ne dépassent pas un certain seuil, autour de 2 000 € par mois.
Cette approche offrirait une meilleure cohérence et permettrait des économies significatives. Mais elle priverait des dizaines de milliers de ménages de classe moyenne de droits acquis depuis parfois plusieurs décennies.
Enfin, un troisième scénario propose un calcul plus ajusté : prendre en compte la pension personnelle du conjoint survivant pour moduler la réversion.
Cela protégerait les plus fragiles, tout en réduisant fortement le cumul pour les mieux lotis. Important : dans cette version, près de la moitié des assurés aux revenus élevés serait tout simplement exclue du dispositif.
Trimestres maternité et majorations familiales : des transferts massifs entre régimes
Le rapport du COR se penche ensuite sur les droits familiaux. Et c’est probablement ici que les effets les plus inattendus apparaissent.
L’harmonisation des trimestres accordés pour la maternité ou l’éducation des enfants créerait, selon les simulations, un véritable transfert entre secteurs. Les mères fonctionnaires, aujourd’hui moins bien servies, deviendraient largement gagnantes.
À l’inverse, une grande partie des mères du régime général perdraient des droits importants.
Ce basculement toucherait particulièrement les femmes aux revenus modestes. Selon les projections, près de 70 % des mères les plus vulnérables seraient pénalisées.
Une situation qui pourrait ouvrir un débat social sensible, d’autant que ces trimestres constituent souvent la seule compensation obtenue après des années de carrières interrompues.
Le COR étudie également la possibilité d’une majoration unique de 10 % pour les parents de trois enfants ou plus. Cette uniformisation profiterait surtout aux travailleurs indépendants et professions libérales, dont les règles actuelles sont particulièrement inégales.
À noter : pour les ménages du régime général, cette mesure serait neutre ou légèrement défavorable.
Vers une réversion recentrée sur les ménages modestes : la piste privilégiée
Parmi les scénarios présentés, un semble se détacher : celui d’une réversion recentrée sur les foyers les plus modestes, assortie d’un renforcement des droits familiaux pour compenser les inégalités professionnelles.
Cette piste s’inscrirait dans une logique de justice sociale, très défendue par une partie des experts du COR.
Dans cette configuration, les veuves et veufs les plus pauvres seraient mieux protégés, avec une garantie renforcée du niveau de vie.
Les mères ayant un ou deux enfants seraient également gagnantes, car les dispositifs seraient adaptés à la réalité des carrières féminines, souvent marquées par des périodes d’inactivité forcée.
En revanche, les retraités issus de la fonction publique, de l’Agirc-Arrco et les ménages de classe moyenne supérieure seraient les principaux perdants.
Pour mieux comprendre la redistribution envisagée, voici un tableau comparatif synthétique :
| Scénario | Principaux gagnants | Principaux perdants | Effet financier |
|---|---|---|---|
| Ouverture de la réversion | Conjoints aisés et classes moyennes | Finances publiques | +30 % dépenses |
| Réversion réservée aux modestes | Survivants < 2 000 €/mois | Classes moyennes / hauts revenus | Économies élevées |
| Réversion modulée selon pension personnelle | Foyers modestes | Assurés aisés | Effet modéré |
Un calendrier politique serré : 2026 comme année décisive
Le rapport arrive à un moment clé : celui de la préparation du budget 2026, dans un contexte où le gouvernement cherche à renforcer la lisibilité du système de retraite tout en limitant les dépenses.
À noter : le COR, tout comme la Cour des comptes, assume désormais une position très claire sur la nécessité de cibler davantage les dispositifs de solidarité.
Le gouvernement pourrait donc être tenté d’accélérer. Mais cette réforme touche à des sujets explosifs : veuvage, maternité, familles nombreuses, retraites publiques… Autant de thèmes capables de provoquer tensions sociales et débats politiques passionnés.
Si certaines pistes sont appliquées dès 2026, la France entrerait dans une nouvelle ère où la solidarité entre régimes serait repensée, mais où les inégalités entre profils pourraient également s’accentuer.
La pension de réversion telle que nous la connaissons pourrait bientôt changer de visage. Pour certains, ce serait une protection renforcée. Pour d’autres, une perte sèche. Et pour tous, un tournant majeur du système de retraite français.



