Retraite

La préparation à la retraite en France : entre prise de conscience et manque d’action

La retraite préoccupe largement les Français – et pourtant, beaucoup peinent à passer à l’action. Une étude récente conduite en septembre 2025 par UMR en partenariat avec le cabinet Adwise révèle que 84 % des Français pensent indispensable le recours à l’épargne retraite pour compléter leur revenu face à l’évolution du régime par répartition.

Toutefois, moins de 2 personnes sur 10 estiment avoir mis en place les dispositifs nécessaires pour se préparer efficacement.

À noter : cette double réalité – forte perception du besoin et faible passage à l’acte – est au cœur des enjeux actuels pour les années à venir.

La prise de conscience massive… mais l’action en retrait

L’étude montre que la retraite est une source majeure d’inquiétude pour les 25-64 ans en France métropolitaine. Parmi les 2 000 personnes interrogées, 84 % jugent indispensable l’épargne retraite pour faire face à l’allongement de l’espérance de vie et la fragilité grandissante du système de retraites.

Pour autant, la proportion de ceux qui estiment avoir vraiment « préparé » leur retraite reste très faible (moins de 20 %). Important : ce décalage entre conscience et passage à l’acte met en lumière un problème de transition, non seulement financier, mais aussi culturel et psychologique.

En parallèle, l’épargne n’est pas toujours dédiée à la retraite : plus de la moitié des épargnants interrogés déclarent utiliser des dispositifs classiques (livrets, assurance-vie, PEL) plutôt que des produits spécifiquement conçus pour la retraite.

Cela signifie que, même parmi ceux qui « préparent », le dispositif choisi est parfois mal adapté.

Les choix d’épargne : souvent inadaptés à la retraite

Quand on les interroge sur les produits retenus pour préparer la retraite, les Français privilégient majoritairement des formes d’épargne facilement accessibles : livrets A, LDDS, assurance-vie ou achat immobilier pour 39 % d’entre eux.

Selon l’étude, 40 % ont recours à l’épargne retraite ou salariale, mais seulement 29 % ont choisi un PER (Plan d’Épargne Retraite) individuel ou collectif.

Voici un récapitulatif des principaux supports choisis :

  • épargne bancaire disponible (livrets, assurance vie, PEL) : plus de 50 %
  • épargne retraite / salariale : 40 %
  • PER individuel/collectif : 29 %
  • acquisition immobilière en vue de retraite : 39 %

Ce choix majoritaire de produits non dédiés à la retraite est révélateur : il y a un écart entre le besoin reconnu et l’outil choisi.

Attention : l’épargne libre, bien que souple, peut ne pas offrir les avantages fiscaux ou la sécurisation à long terme que présentent les dispositifs spécifiquement conçus pour la retraite.

Les freins à la préparation : financiers, culturels et psychologiques

L’étude identifie plusieurs obstacles à la préparation effective :

Frein financier : la moitié des répondants qui déclarent préparer leur retraite y consacrent « moins de 100 €/mois ». Cela confirme que le montant investi est souvent insuffisant pour constituer un complément de revenu significatif à l’âge de la retraite.

Frein culturel et psychologique : un tiers des non-épargnants expliquent ne pas faire confiance aux offres (complexité, frais élevés, blocage de capital…).

Frein de priorité : pour beaucoup, l’épargne est réservée à d’autres urgences (logement, éducation, consommation) plutôt qu’à la retraite.

Type de frein Manifestation dans l’étude
Financier Moins de 100 €/mois d’épargne dédiée à la retraite
Culturel / psychologique Méfiance envers les produits dédiés, perception de blocage
Priorisation d’autres projets Logement ou consommation privilégiés avant l’épargne retraite

Ces freins montrent que, au-delà de la dimension économique, la préparation à la retraite relève aussi d’un changement de mentalité : passer de la « penser à la retraite » à la « agir pour la retraite ».

Le rôle pivot de l’accompagnement personnalisé

L’un des enseignements clés est que l’accompagnement est attendu, et non accessoire. 59 % des épargnants et 46 % des non-épargnants indiquent faire confiance aux mutuelles, 59 % aux banques, 59 % aux conseillers en gestion de patrimoine.

Important : cela montre que l’enjeu n’est pas seulement de proposer des produits, mais de délivrer un conseil clair, adapté et pédagogiquement solide.

Pour passer à l’action, les critères suivants ressortent comme prioritaires :

  • transparence des frais et conditions,
  • flexibilité des produits,
  • clarté des objectifs (montant à viser, âge de départ, rendement prévu).

L’étude précise que 40 % des épargnants se sentent « immédiatement rassurés et en contrôle de leur avenir » lorsqu’ils activent une stratégie d’épargne concrète.

Dès lors, l’objectif devient double : encourager la prise de conscience et proposer des solutions claires et faciles à saisir.

La préparation à la retraite en France se trouve à un carrefour crucial : une forte prise de conscience publique d’un côté, un déficit d’action concrète de l’autre. Alors que l’épargne retraite apparaît comme indispensable face à l’évolution des régimes de retraite par répartition, les Français se tournent majoritairement vers des produits non adaptés, freinés par des contraintes financières mais aussi culturelles et psychologiques.

À noter : l’accompagnement personnalisé, la pédagogie et la simplification des dispositifs sont les leviers majeurs pour impulser un véritable passage à l’acte.

Pour les acteurs de l’épargne et les conseillers, le défi est lancé : transformer la préoccupation en projet, et le projet en réalisation.

Julien Varnel

Journaliste de profession, je m’intéresse aux grands enjeux économiques, fiscaux et financiers qui façonnent notre société. Passionné par les questions de retraite, d’investissement et de politique publique, j’ai à cœur de rendre l’information économique claire, rigoureuse et accessible à tous.

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