Votre épargne bientôt dans le viseur du fisc : ce que change le nouvel impôt sur la fortune

Les épargnants français risquent d’être surpris : un amendement adopté fin octobre à l’Assemblée nationale pourrait transformer en profondeur la fiscalité du patrimoine.
L’actuel impôt sur la fortune immobilière (IFI) deviendrait l’Impôt sur la fortune improductive (IFI-i), une nouvelle version élargie qui ne se limite plus à la pierre, mais s’étend aux actifs considérés comme « non productifs ».
En ligne de mire : l’assurance vie en fonds euros, les cryptomonnaies, l’or ou encore les œuvres d’art. Une réforme qui, si elle entre en vigueur dès 2026, redéfinirait totalement la frontière entre épargne prudente et richesse taxable.
Un impôt élargi pour taxer la richesse « qui dort »
Jusqu’à présent, l’IFI visait exclusivement les patrimoines immobiliers non professionnels dépassant 1,3 million d’euros, avec un barème progressif de 0,5 % à 1,5 %. Désormais, le nouvel IFI-i conserverait ce seuil, mais appliquerait un taux unique de 1 % sur une base beaucoup plus large.
L’idée du législateur : faire contribuer davantage les capitaux jugés « improductifs », c’est-à-dire ceux qui ne financent ni les entreprises ni l’économie réelle.
À noter : ce glissement fiscal repose sur une logique d’équité. Un investisseur immobilier est déjà taxé sur son patrimoine non productif ; pourquoi pas celui qui conserve son argent sur des fonds euros ou en or, sans en tirer de revenus directs ?
Cependant, de nombreux économistes alertent sur un possible effet pervers : en pénalisant les placements sécurisés, l’État pourrait fragiliser la stabilité financière à long terme et détourner les épargnants vers des produits plus risqués.
Assurance vie, cryptos, or : les placements dans le viseur
C’est sans doute la partie la plus polémique du texte. L’amendement prévoit d’intégrer les sommes placées en assurance vie dans des fonds euros — réputés sûrs — dans la nouvelle assiette taxable. Les contrats en unités de compte, eux, resteraient exclus car considérés comme plus « dynamiques ».
Pour les assureurs, la mesure est « injuste et contre-productive ». Selon Gérard Bekerman, président de l’Afer, « qualifier les fonds euros d’improductifs, c’est oublier qu’ils financent la dette publique et soutiennent la stabilité du système ».
Mais l’assurance vie n’est pas la seule concernée. Le texte mentionne également :
- les cryptomonnaies, dont la détention doit déjà être déclarée au fisc ;
- l’or physique et les bijoux ;
- les voitures de collection et les œuvres d’art, jusqu’ici largement exonérées.
Voici, pour mieux comprendre, un tableau comparatif synthétique :
| Type d’actif | IFI actuel | IFI-i (projeté) |
|---|---|---|
| Immobilier non professionnel | Taxable | Toujours concerné |
| Assurance vie (fonds euros) | Non imposée | Intégrée à l’assiette |
| Unités de compte | Exonérées | Exonérées |
| Cryptomonnaies | Non imposées | Taxables |
| Or, bijoux, art, voitures | Exonérés | Taxables |
Attention : cette extension de l’impôt pourrait faire basculer de nombreux foyers au-delà du seuil de 1,3 million €, notamment ceux dont une part importante du patrimoine repose sur des actifs physiques ou des placements sécurisés.
Des incertitudes juridiques et fiscales à éclaircir
Malgré le vote, de nombreux points restent flous. Les modalités exactes d’évaluation des actifs — notamment pour les cryptos, très volatiles — n’ont pas été précisées. De même, le sort réservé aux plans d’épargne retraite (PER) ou contrats de capitalisation n’est pas encore tranché.
Les fiscalistes pointent également une incohérence : certaines sociétés patrimoniales logeant des actifs financiers échapperaient au dispositif, faute d’ajustement du Code général des impôts.
Le plafonnement à 75 % des revenus serait toutefois maintenu, limitant l’effet cumulatif entre impôt sur le revenu et IFI-i. Mais ce garde-fou ne suffira pas à rassurer les contribuables, d’autant que la mesure pourrait être contestée sur le plan constitutionnel.
Important : le gouvernement assume une logique d’incitation. Il veut orienter les capitaux vers les entreprises productives et fonds d’investissement, au détriment des placements jugés passifs. Certains y voient un retour déguisé de l’ancien ISF, aboli en 2018.
Le texte n’est pas encore définitif. Le projet de loi de finances 2026 doit encore passer devant le Sénat, puis revenir à l’Assemblée pour un vote final en décembre.
En attendant, les conseillers en gestion de patrimoine recommandent de ne pas réorganiser son épargne dans la précipitation.



